Le Petit Dictionnaire Définitif de la Franc-Maçonnerie est le troisième ouvrage - c'est un signe - édité par le Moulin de l'Etoile. Cette parution "best seller" jette un pavé dans la mare aux maçons, certains s'en amusant, d'autres criant au scandale.

Afin de faire la lumière autour de ce livre et répondre aux principales questions que nous envoient nos lecteurs, nous vous offrons ici le fruit d'une rencontre avec l'auteur autour d'un café... parisien.

A peine parvenu au seuil du bistrot où Jean Bouresche m'a donné rendez-vous, je ne peux me tromper d'interlocuteur : dans un troquet où le formica a connu trois générations d'étudiants, un homme. La cinquantaine, une carrure de barbouze, la barbe bien garnie et les tempes marquées, Jean Bouresche écrase une cigarette avant de m'accueillir avec une froideur mêlée d'amusement.

A peine le petit noir commandé, se dévoile alors l'itinéraire d'un maçon pas comme les autres...

Gérard Perdrigeon : En quelques mots, quel est votre parcours...

Jean Bouresche : Mon parcours est finalement assez simple.  Après un échec en Maîtrise d'histoire, j'ai effectué un tournant à 180° pour passer un Deug de sciences naturelles. Ma carrière de préparateur en pharmacie fut morose mais les connaissances que cette expérience m'a permis d'acquérir et un goût pour l'histoire qui ne m'a jamais quitté m'ont rapidement poussé à m'intéresser à l'Alchimie. Par les plantes, tout d'abord, puis à travers le travail sur les métaux, pour enfin me jeter à corps perdu dans une démarche spirituelle et contemplative, durant les années 70.

G. P. : Avez-vous fait, à cette époque, des rencontres qui vous aient marqué ?

J. B. : Bien sûr ! Ce fut une époque à la fois naïve et formidable pour celui qui s'intéressait à ces sujets. Si je n'ai ni dieu ni maître, André Savoret et Robert Charroux me considéraient, au début, comme un de leurs héritiers. D'autres rencontres se sont cependant moins bien passées. Alleau et Canseliet, pour ne citer qu'eux. Certainement plus en raison de tempéraments divergents que d'opinions différentes à propos d'alchimie.

G. P. : Au début ? Est-ce à dire que les choses ont évolué par la suite ?

J. B. : Très vite, et ne me demandez pas pourquoi, je suis passé de l'état de mystique à celui d'anarchiste. Ce revirement ne fut pas du goût de tout le monde et je trouvais bientôt plus de satisfaction à côtoyer certains milieux révolutionnaires et atypiques que mes ayatollahs de l'athanor. Jean Tinguely fut alors pour moi une révélation, plus dans le non message et le comportement qu'au travers de ses oeuvres...

G. P. : Et la Franc-Maçonnerie dans tout ça ?

J. B. : J'y viens. Toujours attiré par un besoin de rencontres nouvelles au sujet de l'alchimie, sujet qui ne m'avait pas encore lassé, j'ai espéré y trouver des échanges plus riches que les rencontres que j'initiais en général d'un courrier à l'intention des auteurs qui m'avaient marqué. La notion de groupe m'inquiétait un peu, mais la curiosité fut plus forte. J'ai donc rejoint la Grande Loge de France en 1977 et découvert alors un environnement nouveau qui m'a tout d'abord séduit.

G. P. : Peut-on savoir dans quelle loge vous avez été initié ?

J. B. : Certainement pas ! Je ne pense pas que mes amis d'alors voient d'un bon oeil mes élucubrations livresques. Et pendant que nous y sommes, n'espérez pas non plus connaître mon nom. Jean Bouresche, c'est un pseudonyme qui me va très bien.

G. P. : Entendu... votre parcours maçonnique a été si désagréable que cela ?

J. B. : Mais non... après la maîtrise, je me suis vite rendu compte qu'aucun grade ne me permettrait d'autres rencontres que celles que je fis à ce moment là. J'ai donc voyagé par monts et par loges, j'ai traversé les obédiences à la recherche de je ne sais trop quoi... déçu en quelque sorte de côtoyer, où que ce soit, des personnages finalement assez tristes et n'ayant rien à m'apporter de plus que de chouettes gueuletons deux fois pas mois. J'y suis resté jusqu'au milieu des années 90 où j'ai décidé de démissionner.

G. P. : Qu'étaient devenus votre intérêt pour l'alchimie et vos convictions ?

J. B. : Mon goût pour ce sujet qui a baigné mon adolescence s'est envolé d'autant plus vite que la vie m'offrait des rencontres bien plus sympathiques... les femmes ! Quant à mon côté « drapeau noir », il m'a suffit de regarder évoluer la société qui nous entoure pour ne définitivement plus croire en rien. Et ce n'est pas la maçonnerie qui m'a convaincu du contraire ! (il s'arrête un instant pour allumer une 3ème cigarette) Le niveau y était - et y est toujours - déplorable. J'ai finalement été naïf. Mes premières connaissances se sont avérées bien plus intéressantes que les maçons que j'ai côtoyés par la suite.

G. P. : Parlons de votre livre. Au-delà d'un humour paillard et de jeux de mots bien sentis, pourquoi un tel acharnement ?

J. B. (fronçant les sourcils) : Vous trouvez que c'est de l'acharnement ? Moi pas. Avant tout, c'est de l'humour. Est-ce que l'on a taxé Pierre Desproges ou Philippe Val d'acharnement dans leurs ouvrages ? Non. La seule différence c'est qu'ils ne s'attaquaient pas à un groupe solidaire dont les membres sont convaincus du bien fondé de leur démarche.

G. P. : C'est là leur droit, vous ne pensez pas ?

J. B. : C'est leur droit, effectivement. Il reste que, avec le recul, je puis m'empêcher d'être déçu de n'avoir trouvé en maçonnerie que de braves types, avec leurs problèmes, parfois sympathiques, mais, pour la plupart, en totale incohérence avec les grands principes qu'ils prétendent véhiculer. C'est là que j'affirme qu'il a supercherie ! Cela étant, je ne suis pas rancunier : j'y ai également trouvé quelques amis, quelques frères même, qui me sont toujours chers... comme quoi tout n'y est pas si noir !

G. P. : La maçonnerie n'échappe pas au fait que la société est constitué d'hommes, avec tout ce que cela implique comme contradictions...

J. B. : De la contradiction à l'hypocrisie, il n'y a qu'un pas. Je me fout pas mal que les gens magouillent... mais il y a les mafias pour cela ! Peu importe si ils croient en Dieu : qu'ils aillent à l'église ! La maçonnerie est effectivement à son image : faites d'hommes peu clairs puisque ses objectifs et sa raison d'être le sont tout autant ! Maintenant n'oubliez pas, et j'insiste, que ce bouquin est avant tout écrit pour faire sourire les maçons qui ont un peu de recul et les futurs « embauchés ».

G. P. : A lire les réactions de certains lecteurs auprès de votre éditeur, ça ne fait pas rire tout le monde.

J. B. (s'emportant) : Et bien je m'en fous ! Ils n'ont qu'à acheter le dernier bouquin à la mode sur l'initiation pondu par je ne sais quel grand maître répétant inlassablement les même âneries... chacun son public... Si les maçons n'ont pas d'humour, c'est que tout est véritablement foutu.

G. P. : La critique qui revient le plus souvent n'attaque pas nécessairement la dimension humoristique de l'ouvrage mais plutôt sa vulgarité...

J. B. : Ce qui est vulgaire, c'est de prétendre élever des prisons aux vices le matin, d'aller sauter sa troisième maîtresse le midi et de finir en engueulant sa femme le soir en rentrant parce que la soupe est froide. Ce qui est vulgaire, ce sont les reportages du 20 heures, les jeux télévisés, les licenciements des entreprises bénéficiaires, la suprématie nord-américaine, voilà ce qui est vulgaire ! Regardez la moindre émission pour jeunes de 15 ans aujourd'hui : vous y retrouverez l'ensemble du vocabulaire employé dans mon livre.

G. P. : A vous écouter, je ne sais plus si vous êtes réactionnaire ou anarchiste ! Lorsque l'on pense que vous fustigez les « vieux vénérables » dans votre dictionnaire...

J. B. : Réac' ou Anar' ? L'un ne va parfois pas si mal avec l'autre... Quant aux vieux vénérables, c'est dans leur esprit qu'ils sont poussiéreux... Cela dit, ces phrases s'expliquent en partie du fait que ce livre a été écrit par bribes durant les dix dernières années de ma vie maçonnique. A la fin, je m'amusais de tout. J'avais l'oeil du sociologue. Je regardais la maçonnerie à travers le monocle de l'ironie.

G. P. : Vous considérez-vous comme un écorché vif ?

J. B. : C'est possible... certainement. Aucun humoriste, aucun critique ne peut exister sans faille. Il est évident que si ce sujet ne me touchait pas, si je n'avais pas espéré de la Franc-Maçonnerie autre chose, de plus noble, de plus beau, je n'aurais pas réagi de la sorte...

G. P. : Ce n'est pas en plaisantant ainsi sur la Franc-maçonnerie qu'elle va s'améliorer !

J. B. : En effet. Mais ce n'est pas en la laissant ronfler dans son coin, en la laissant se déliter doucement dans une mer de médiocrité qu'elle s'en sortira. Cela dit, aujourd'hui peu m'importe. J'ai fait de sacrés geuletons  et ils m'auront quand même bien fait marrer... c'est tout ce qui compte !

Propos recueillis par Gérard Perdrigeon

Le 25 octobre 2003

 

FRANC-MAÇON

Personne plus ou moins saine d'esprit ayant entrepris la curieuse aventure d'intégrer une structure aux supports abscons, aux objectifs troubles, ce pour des raisons parfois inavouées, en raison de conseils mal compris puisque dispensés par des francs-maçons eux-mêmes.

Notre conseil : Pourquoi voulez-vous donc tant y entrer ? Vous y êtes déjà ? Est-ce bien raisonnable ? Posez-vous donc ces questions, les trois quarts du chemin seront faits...

Jean Bouresche
(extrait)